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"Ceci arriva certain soir d'hiver, il y a plus d'un an." Ainsi commence l'un des plus beaux romans de Maurice Renard, le père du merveilleux-scientifique (très belle traduction du terme anglosaxon science-fiction) à la française. 
Son
"Docteur Lerne" est l'un des premiers savants fous du genre, qui
s'adonne à des greffes animales, intervertissant jusqu'aux cerveaux et
de ce fait les personnalités de ses patients... Dédié, comme il
se doit, à H.G Wells, son roman ouvre les portes de la littérature
conjecturale, et offre un regard critique sur notre monde.
"Je ne suis plus assuré de rien, nous dit le héros du livre. Les
figures me semblent des masques. Peut-être aurais-je pu m'en apercevoir
plus tôt, mais il est certaines gens dont la physionomie reflète une
âme inverse de la leur. D'autres, vertueux et probes, dévoilent
furtivement des vices imprévus et des passions inopinées, effrayants
comme un prodige. Ont-ils aujourd'hui leur âme d'hier ?"
Cette vision pessimiste de l'homme est l'un des points communs les plus répandus chez ces auteurs. L'arrivée du tout-scientifique
qui se voulait la mort des Lettres (et des Humanités à l'Humanité, il
n'y a q'un pas...) donnait à leur analyse une touche d'un rare
pessimisme sur l'avenir de l'homme, comme l'analyse merveilleusement
bien Serge Lehman dans les articles qu'il consacre à la question. Ce n'est donc pas étonnant de retrouver cette analyse chez Jacques Spitz. Ayant commencé ses armes sous une bannière surréalisante (avec des titres comme La Croisière indécise ou Le Vent du monde),
cet auteur a exercé sa plume dans la droite ligne de Maurice Renard,
portant la même vision pessimiste et cynique sur le monde.

"Le danger de devenir idiots n'est pas de nature à effrayer les hommes, car, à tout prendre, ça ne les changera pas beaucoup." Après des grands romans purement ancré dans le merveilleux-scientifique, comme La Guerre des mouches ou L'Homme élastique,
Jacques Spitz a pu livrer à la fin de sa vie quelques magnifiques
romans, d'une maîtrise impressionnante, et à la touche fantastique très
subtile, comme son beau et trop peu connu roman La Forêt des Sept-Pies. |